JACA

JU-JITSU   AUTODEFENSE  CHAMPAGNE-AVULLY



L'auto-défense: une démarche globale qui transforme la vie


Madeleine von Holzen | 20-07-2007 | 14:46


Elles sont assises en cercle parterre et témoignent, veulent expliquer et montrer ce qu'elles ont appris. Elles sont heureuses, fières d'elles, enthousiastes. Les mots sont forts, les émotions palpables. Elodie, Caroline, Maïté et les autres, de tous les âges et tous les horizons, sont venues pour diverses raisons dans ce dojo de Dardagny, dans la campagne genevoise. Victime d'une agression, adolescente à la recherche de plus d'assurance dans la cours de l'école, ou sans motif apparent. Toutes ont suivi un cours de formation à l'auto-défense de Pallas. Certaines depuis plusieurs mois, d'autres viennent de terminer. Toutes donnent un message fort: leur vie a changé.


Pallas (du nom de la déesse grecque de la sagesse Pallas Athena) est une organisation suisse fondée en 1994 en faveur de l'autodéfense pour femmes et jeunes filles. L'organisation donne des cours dans tout le pays. Les formateurs genevois, Nadia Borel et Nicolas Pontinelli travaillent ponctuellement avec les institutions sur le terrain comme la LAVI, qui reçoit les victimes de violence. Les cours de Fem Do Chi organisés par Espace Prévention dans le canton de Vaud et Viol-Secours à s'appuient sur les mêmes principes.


 Apprendre à dire non

Le cours de base Pallas (8 séances de deux heures trente) qu'ont suivi ces femmes commence par des choses qui peuvent paraître simples, mais posant des fondements indispensables. Apprendre à dire non. Le dire fortement, clairement, le dire avec tout son corps. Verbaliser ce que l'autre fait, avec les mots justes et précis. «Tu as la main sur ma cuisse, lâche ma cuisse» au lieu de «lâche-moi». Mettre des limites. Dire stop.


 

Il y a ensuite les gestes. L'esquive pour éviter un coup, ceux qui créent «le choc» et permettent de fuir, et toutes les techniques qui amènent les femmes à prendre conscience du fait qu'elles peuvent se défendre face à n'importe quel homme, quel que soit son poids, sa taille et sa force. Comment? En frappant correctement et au bon endroit. En apprenant la réaction à avoir pour se dégager de saisies. Les techniques utilisées sont issues des arts martiaux et en utilisent toute la variété des méthodes (blocs, chocs, frappes, combat au sol, etc).


 Et la démonstration est parlante: toutes ces femmes, même les plus fluettes en apparence, frappent dans les coussins avec une force impressionnante. L'énergie est là, elle a émergé. Certains cris sont d'une puissance incroyable, sortent des tripes. Face à ce que les formateurs appellent «le pantin», un homme muni de toutes les protections permettant aux femmes de frapper un agresseur et d'apprendre, elles sont aussi complètement convaincantes. Capables de se défendre.


 

«La peur peut engendrer deux phénomènes physiques: soit elle fige la personne, la paralyse, et celle-ci ne peut plus rien faire du tout. Ou alors l'adrénaline produite donne une puissance et une énergie phénoménale aux femmes», explique Nadia Borel. C'est évidemment le deuxième mécanisme que les professionnels de l'auto-défense veulent stimuler. «Déclencher le cerveau reptilien, ce mécanisme de survie qui permet aux femmes de se défendre.»


 

Pourquoi celui-ci est-il parfois bloqué? L'éducation, la socialisation, les rôles que l'on fait prendre dès leur plus jeune âge aux filles sont dans la plupart des cas à la base du problème. Une mauvaise estime de soi, qui peut exister pour toutes sortes de raisons, ajoute une fragilité qui transforme la femme (ou l'homme) en victime, une proie idéale pour un agresseur qui s'attaque aux plus faibles.


 Cesser d'être «gentille»

«Dans notre société aujourd'hui, une femme doit s'occuper des autres, être douce, maternante, elle ne doit pas se mettre en colère, explique Isabelle Chatelain, permanente à  Viol-Secours Genève et animatrice Fem Do Chi. L'attitude qui en découle est celle de la retenue, de la culpabilité, de la victimisation.» La femme ne se met pas en position de se défendre, même face à des agressions quotidiennes faussement anodines. «A force d'être douce gentille, souriante, on ne sait plus quoi faire face à une agression» raconte Sally, une des participantes au cours Pallas. «La bête en nous s'est endormie. Ce cours la réveille. Elle pourra réagir en cas de besoin.»


Les discussions font partie intégrante de l'apprentissage, ainsi que les jeux de rôle. Qu'est-ce que la violence, quels sont les droits des femmes, quels mythes sont véhiculés. Faire comprendre par exemple que se défendre ne signifie pas prendre un risque supplémentaire face à l'agresseur. Autant d'éléments qui permettent aux femmes de prendre conscience de manière très large de leurs moyens et de changer d'état d'esprit. «Les gens pensent souvent que l'auto-défense se borne à enseigner des techniques de frappe, avance Nicolas Pontinelli. C'est une démarche beaucoup plus globale.»


La mise en scène des situations simples du quotidien permet d'engager le changement d'attitude. Et le travail sur les émotions fait partie intégrante de la démarche, chez Pallas ou Fem Do Chi. Viol-Secours met par ailleurs en garde contre la mauvaise qualité de certains cours sur le marché, et lesconséquences très négatives qu'ils peuvent avoir sur les participantes. Notamment celles de leur donner le sentiment que précisément elles ne pourront rien faire face à un homme comme le professeur  un comble! Par contre, bien enseignée, l'auto-défense transforme la vie des femmes.


 

Maïté le raconte parfaitement. Elle s'est retrouvée récemment dans un parking, face à un homme saoul assis à côté de l'ascenseur. «Par le passé, j'aurais pris les escaliers. Là, je me suis dit que s'il se levait et m'agressait, il suffisait que je le pousse pour qu'il tombe.» Résultat: il s'est levé et elle a parlé avec lui. Ils ont même plaisanté. D'autres femmes parlent de leur rapports aux autres dans le travail, ou encore en couple, qui évoluent. «Je sais de quoi je suis capable, je n'ai plus peur, j'ai pris de l'assurance» résume cette jeune fille.

 

Poser son fardeau

Répondre de manière adéquate à tout type d'agressions et refuser tout ce qui provoque de l'inconfort, voilà l'objectif. «Il n'y a aucune raison d'accepter des gestes ou des remarques, mêmes prétendument banales, qui dérangent. Chaque personne a le droit de le refuser, en répondant de manière proportionnée à l'agression, toujours», rappelle Nadia Borel.

 

Toutes les femmes viennent ici avec un «paquet», plus ou moins lourd, sourit la formatrice. Les participantes le disent toutes à leur manière: chacune d'entre elles a posé son  son paquet et repart plus libre, mieux. Sally, 41 ans a vécu une agression grave. Elle témoigne avec force: «ce cours, toutes les femmes devraient le suivre». Idéalement sous forme de prévention, pour éviter le pire.